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Épisode · Publié le 27/02/2026

La Tour des Archives de Vernon : 900 ans d’histoire en 102 marches

À Vernon, il existe une tour que tout le monde connaît… mais que peu de gens regardent vraiment. On l’appelle la Tour des Archives. Ou la Tour des seize chevaliers. Deux noms. Un mystère. Et près de neuf siècles d’histoire. Bienvenue dans le dernier vestige du château fort médiéval de Vernon. Vernon, frontière stratégique entre […]

À Vernon, il existe une tour que tout le monde connaît… mais que peu de gens regardent vraiment. On l’appelle la Tour des Archives. Ou la Tour des seize chevaliers. Deux noms. Un mystère.

Et près de neuf siècles d’histoire. Bienvenue dans le dernier vestige du château fort médiéval de Vernon.


Vernon, frontière stratégique entre deux mondes

Pour comprendre la Tour des Archives, il faut remonter au XIIᵉ siècle.

Nous sommes en Normandie, territoire longtemps disputé entre les rois d’Angleterre et les rois de France. Vernon est alors une place stratégique sur la Seine, axe commercial majeur… mais aussi voie d’invasion potentielle.

Vers 1123, Henri Beauclerc, fils de Guillaume le Conquérant, fait édifier ici un donjon carré. Objectif : affirmer l’autorité ducale et contrôler le passage sur le fleuve.

Mais l’histoire s’accélère.

À la fin du XIIᵉ siècle, la Normandie passe sous contrôle du roi de France. Philippe-Auguste, fin stratège et grand bâtisseur, modernise les fortifications. Le vieux donjon est remplacé par une tour ronde massive : celle que nous voyons aujourd’hui.

Un choix architectural qui n’est pas anodin :

la tour circulaire résiste mieux aux projectiles et aux tentatives de sape.

On ne fait pas de la déco.

On fait de la géopolitique en pierre.


Une prouesse militaire en chiffres

La Tour des Archives, c’est :

  • 22,20 mètres de hauteur
  • 11,60 mètres de diamètre
  • 3,30 mètres d’épaisseur de mur
  • 102 marches pour atteindre le sommet

Autrement dit : un véritable coffre-fort vertical.

À l’époque, l’entrée ne se trouvait pas au rez-de-chaussée, mais au premier étage, accessible par un pont-levis relié aux remparts. On relevait le pont ? La tour redevenait une île de pierre imprenable.

Défensive, isolée, pensée pour durer.

Et elle a tenu.


Un verrou sur la Seine

La Tour des Archives ne travaillait pas seule.

De l’autre côté de la Seine se dresse encore le Château des Tourelles. Au Moyen Âge, un pont aujourd’hui disparu reliait les deux rives. Les fortifications formaient un véritable système de contrôle.

Si vous vouliez traverser Vernon au XIIIᵉ siècle, il fallait passer sous le regard croisé de deux puissances militaires.

On contrôlait les flux.

On sécurisait le territoire.

On protégeait le domaine royal.

La tour n’était pas seulement un bâtiment.

C’était un instrument politique.


Une vie à l’intérieur : entre défense et quotidien

Contrairement à l’image du simple bunker, la tour était habitée.

Au rez-de-chaussée :

  • latrines
  • citerne
  • emplacement de cheminée

Les soldats vivaient ici. Mangeaient ici. Montaient la garde ici.

Au premier étage, surprise : un plafond gothique du XIIIᵉ siècle, orné d’une clé de voûte décorée de feuilles d’acanthe et de rosaces.

Même dans une tour militaire, on soigne le symbole.

La puissance s’exprime aussi par l’esthétique.

Au sommet, autrefois coiffé d’un toit en poivrière (comme la tour Jeanne d’Arc à Rouen), le second étage offre aujourd’hui un belvédère à 360° sur Vernon et la vallée de la Seine.


De forteresse à Tour des Archives

Avec la disparition progressive des remparts, la fonction militaire décline.

La tour change alors de rôle.

Elle devient un lieu de conservation des archives notariales de Vernon. Les actes officiels, les contrats, les décisions importantes de la ville sont conservés derrière trois mètres d’épaisseur de mur.

Un serveur sécurisé… version médiévale.

C’est de là que vient son nom actuel : Tour des Archives.


Et les seize chevaliers ?

Son second nom — Tour des seize chevaliers — intrigue encore.

Faisait-elle référence à une garnison précise ?

À une tradition locale ?

À un récit aujourd’hui perdu ?

Les historiens ne disposent pas de certitude formelle.

Et c’est peut-être ce flou qui entretient le charme.


Monument historique et mémoire vivante

Classée monument historique en 1840, restaurée dans les années 1990, la Tour des Archives est aujourd’hui l’un des derniers témoins visibles du château fort médiéval de Vernon.

Les remparts ont disparu.

Le pont n’existe plus.

Le toit en poivrière s’est envolé.

Mais la tour est toujours là.

Silencieuse.

Massive.

Présente.

Elle a changé de fonction.

Elle n’a jamais cessé de veiller.


Pourquoi la Tour des Archives est un symbole fort de Vernon

  • Elle raconte la Normandie ducale et royale.
  • Elle incarne la puissance stratégique de la Seine au Moyen Âge.
  • Elle illustre l’évolution d’un bâtiment militaire vers un usage administratif.
  • Elle relie Vernon à son passé médiéval, encore visible dans la pierre.

La prochaine fois que vous passerez devant, ne la regardez pas comme une simple vieille tour.

Regardez-la comme ce qu’elle est vraiment :

900 ans d’histoire condensés en 102 marches.

Et vous… oseriez-vous les gravir ? 🏰

Cet épisode fait partie de la série Secrets de Vernon . ← Voir toutes les actualités Revenir à l’accueil